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Essai Alpine A110 et A110S, quelle est la meilleure?

Le retour d’Alpine sur le devant de la scène m’a enthousiasmé au plus haut point, je me souviens de mon enfance où je voyais quelques A610 sortir des concessions puis le clap de fin en 1995. Un beau gâchis à l’époque, j’avais un peu plus de 10 ans et je ne comprenais pas pourquoi. Depuis, on ne croisait des Alpine que sur des expos ou bien en rallye historique.

Puis c’est le temps des rumeurs, de plus en plus fondées sur le retour de la marque sur le devant de la scène, avec quelques appréhensions suite à ce qu’avait fait Renault avec l’appellation Gordini où la marque s’était fourvoyée dans un discours marketing douteux pour sortir une série d’autos vraiment bien loin des ambitions du sorcier à l’époque, pauvre Amédée. Je craignais donc un retour en fanfare bien dicté de la même façon pour la marque dieppoise. C’est donc, 10 ans après le décès du père fondateur, Jean rédélé, et 22 ans après l’arrêt de la production totale, que l’A110 pu sortir des chaînes de fabrication. De nouveau car elle fait référence à l’A110 inaugurée en 1962 et contrairement à ce que beaucoup pensent, n’est pas la première conception de Jean Rédélé qui fut l’A106, mais c’est elle qui fit le premier succès de la marque surtout en compétiton.

Bref, l’arrivée sur le marché de la nouvelle A110 m’a plutôt soulagé par son concept cette fois-ci bien dans la logique de la marque même si la suite sera difficile car que faire après l’A110? Aucune idée mais en tout cas celles qui nous intéressent aujourd’hui sont deux productions sur les trois disponibles à la commande, l’A110 dans sa version Pure et l’A110S, évolution de l’A110 (la troisième étant la Legende, proche de la Pure à l’heure où j’écris cet article). Extérieurement, difficile au premier abord de faire la différence pour un oeil non averti, l’A110S restant très proche de l’A110 si ce n’est la couleur des étriers Brembo et les jantes en 18 pouces spécifiques (ici les GT Race). Les logos sont également différents, le petit bandeau bleu/blanc/rouge est remplacé par Carbone/Carbone/orange et les logos « A » et Alpine en noir brillant. Le coloris gris Tonnerre Mat n’est, quant à lui, pas exclusivement réservé à la S, ni le toit en Carbone qui s’échange, selon le configurateur, contre 2400 euros sur les Pure, Legende et la S. Les différences sont bien ailleurs.

L’essai de l’A110 Pure s’est déroulé fin décembre sur les routes autour de Megève sur invitation de notre ami Jordan Mougenot, pilote instructeur, lors de l’opération Alpine orchestrée par Driving Evolution, agence événementielle spécialisée dans les essais automobiles. L’idée est de pouvoir proposer à qui le souhaite de pouvoir prendre le volant de ce mythe lors d’une courte durée mais permettant de prendre la mesure de l’engin. Il ne faisait pas très beau ce jour-là, la météo oscillant entre pluie et neige selon l’altitude mais qu’importe, ce n’est pas cela qui nous fait peur de s’installer au volant d’une auto légère, à moteur arrière, propulsion….heureusement les pneumatiques hiver sont là pour nous sauver la mise et éviter de mouiller la chemise…ou pas. Jordan nous explique les particularités de l’Alpine et c’est parti, toutes les aides connectées au départ pour se familiariser avec le comportement de l’auto et je découvre un beau jouet, bien calé dans le baquet Sabelt mais avec, pour ma part, une difficulté pour installer mon pied gauche sur le repose-pied. Je n’ai jamais réussi à correctement le positionner, il manque juste quelques degrés d’inclinaison pour être bien calé tout en pouvant ressentir l’auto sans avoir le genou quelque peu tendu. Première accélération et je suis emballé par ce 4 cylindres (oui ce n’est pas noble et alors?). D’une part le bruit est assez sympa malgré tout et d’autre part je le sens plutôt vigoureux, pensant même dans ma tête qu’il dépasse largement les 252 chevaux et 320 Nm du 1800.

J’ai vraiment le sourire, accentué au premier enchainement sur la route et les premiers coups de volant. La direction est particulièrement légère, rien d’anormal pour ce type d’auto, mais on sent parfaitement où je place le train avant au millimètre, d’excellentes remontées du train arrière en découlent et le travail des suspensions permet de lisser la route tout en gardant du rythme sans avoir besoin de serrer les dents à la première bosse ou au premier trou sur la route. Vraiment une auto plaisir bien réglée pour la route, Alpine dans les Alpes ça sonne bien de toute façon. La prise de roulis ,semblant être un inconvénient pour ce type d’auto, est bien régulée par la légèreté de la caisse et semble faire partie intégrante du package plaisir. Quelques kilomètres plus tard, je passe en mode Sport, l’échappement s’ouvre un peu plus mais malgré l’appelation Sport, l’A110 Pure ne permet pas une mise en dérive sur la neige avec beaucoup d’angle, il faudra passer au mode supérieur, dit Track, pour se rappeler les années Monte-Carlo. Nous ferons confiance à ce que nous dit Jordan, nous sommes sur route ouverte et non sur circuit. Cependant, le mode Sport est peut-être encore un peu trop castrateur, pas de juste milieu entre Normal et Track en fait. En fait, je ne vais clairement pas me plaindre, l’Alpine me fait toujours sourire et les quelques petites dérives engagées sont suffisantes. En conclusion, la Pure, malgré des pneumatiques hiver qui dégradent un peu le ressenti, est un….pur plaisir, sans jeu de mots, à emmener à la limite.

Et la S alors? De passage à Méribel, j’en profite pour contacter notre ami Slyde Bouhali car Driving Evolution est également présent dans cette station avec Alpine. A l’intérieur de la S, les surpiqûres orange attirent l’oeil, je suis fan et ça contraste bien tout en rappelant les quelques détails comme les drapeaux et les étriers. Puis c’est tout…il paraît que les différences se trouvent ailleurs, difficile de faire mieux que l’A110 Pure plus typée route que la S est typée piste? Dès le départ, le volant est bien plus raide. La direction est plus dure mais ça ne m’emballe pas forcément et pourtant d’habitude, c’est mon parti pris. Sur la route, j’ai plus de mal à trouver mes points de repère, mais où est donc ce train avant de folie que j’avais tant aimé sur la Pure? Je ne suis pas forcément en phase de déception mais ça surprend, Alpine aurait-il vendu son concept historique d’auto pour le rallye et la route au profit de la piste sans compromis? Qu’en sera-t-il de l’hypothétique version R dont la toile parle en ce moment? La S ne fait-elle pas déjà le job pour la piste en oubliant la route? Une version entre la Pure et la S ne suffirait-elle pas? Toutes ces questions me viennent à l’esprit au premier virage.

Mon esprit est perdu, sans forcément expliquer pourquoi, je ne m’y retrouve pas et le moteur de 292 chevaux ne m’aide pas. Autant la version 252 chevaux me donnait le smile, autant je ne ressens pas les 40 chevaux de différence. La courbe de couple étant collée l’une sur l’autre de 2000 à 5000 tr/min, la différence se fait après puisque la S permet de les garder sur 1400 tr/min supplémentaires avant de tomber rapidement tandis que celle de l’A110 descend progressivement. Même remarque sur la puissance, les deux courbes sont collées avant une séparation vers 5000 tr/min, la Pure réalise une belle courbe jusque 6000 tandis que la 292 chevaux monte en crête à 6400 tr/min avant de s’effondrer. Sensation bizarre, la S ne me donne pas l’impression de pétiller comme la Pure sur nos routes de montagne. Cela se voit sur les chiffres sur le 0 à 100 km/h (4,5 s pour la Pure et 4,4 s pour la S) et le 400 mètres (12,7 s pour la Pure, 12,6 s pour la S). Il faut attendre le kilomètre pour commencer à sentir la différence (23,2 s pour la Pure, 22,8 s pour la S), quasiment incompatible avec nos cols et routes de montagne, compatible avec des circuits rapides. Je ne suis pas déçu de prendre le volant de la S, qu’on ne s’y trompe pas, mais 40 chevaux devraient se sentir bien plus que ça. C’est là qu’Alpine ne doit pas rater sa version R si elle sort un jour, il faudrait vraiment que les courbes se détachent pour plus de violence entre deux virages.

Conclusion? Prions pour essayer un jour l’A110S sur piste (Alpine, si tu nous lis…), c’est certainement son essence même, pour le moment c’est presque la déception (toute relative bien entendu, faut pas abuser) face à la Pure qui s’accorde parfaitement avec la route, elle ne fait qu’un avec le macadam et c’est un réel plaisir d’envoyer avec. Ma conclusion est bizarre pour moi, adepte d’autos au caractère trempé avec châssis rigide et direction bien dure. La 110S n’est pas la plus attachante malgré des qualités indéniables. La Pure porte bien son nom, son pilotage s’inscrit dans la lignée des Alpine A110, fidèle au concept de Jean, une auto à piloter avec des défauts qui en font des qualités, parfaite pour le plaisir du pilotage.

Nous remercions Driving Evolution pour l’organisation des essais, plus particulièrement Jordan Mougenot et Slyde Bouhali.

Photos: Driveshaft.fr

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